1

Plan d’Intervention pour le Déclenchement des Avalanches (PIDA)

Qui n’a jamais été réveillé lors de son séjour à Serre Chevalier par le son des explosifs, un brin inquiet certes, mais surtout curieux de savoir ce qui est en train de se dérouler en altitude ? C’est ce que nous appelons dans le jargon des domaines skiable, un « PIDA » : un Plan d’Intervention pour le Déclenchement des Avalanches.

J’ai donc eu le privilège de participer pour vous à un PIDA en plein cœur de l’action. En voici le récit qui, je l’espère, pourra vous donner un bon aperçu d’une matinée bien remplie qui démarre avant même que l’on ait pu prendre place sur les premiers télésièges du matin.

Le réveil est difficile…

Il est 7h15 ce jeudi 6 février lorsque mon guide m’accueille au Central Secours situé dans la gare de la télécabine Fréjus à Villeneuve. Déjà, l’effervescence est à son maximum après la chute de neige conséquente de la veille. Les radios émettent des dizaines de messages à la minute dans un langage peu familier : « Tir 1 positif mais superficiel », « Charge en position, prêt à tirer »… Suis-je bien réveillé ? S’agit-il du domaine skiable que je connais, ou est-on en situation de guerre ? Le temps est court, il nous faut rejoindre le télésiège Casse du Bœuf où nous attendent les agents de remontées mécaniques arrivés en avance spécialement pour permettre aux équipes de rejoindre les sommets dans le cadre du PIDA. Une dizaine de pisteurs secouristes nous accompagnent sur la montée puis se répartissent sur l’ensemble du domaine, attendus par des équipes en scooter des neiges. Apparemment, je suis le seul encore un peu endormi malgré le froid ambiant : tout semble minutieusement orchestré et je me rends compte à ce moment précis de la mobilisation maximale sur le domaine.

Une priorité : sécuriser le domaine, mais aussi les équipes

Il est 7h45, Yves, mon guide, se poste au somme de la Casse du Bœuf un moment, monte le son de sa radio dont le flot de messages n’a pas diminué, et oriente ses jumelles d’un sommet à l’autre. Une certaine tension règne mais l’attitude professionnelle des équipes m’inspire confiance : tout est parfaitement maîtrisé, même si les risques sont omniprésents. De part et d’autre du domaine, les sons des explosions me parviennent désormais plus rapidement et fortement. Après chaque tir, Yves oriente ses jumelles vers un endroit précis (comment fait-il pour connaître la provenance de ces sons, alors que les vallons et sommets résonnent tous en écho ?), tend l’oreille vers sa radio et s’assure de la sécurité des artificiers une fois revenus sur les pistes balisées.




Voyons d’un peu plus près

A 8h00, nous chaussons les skis et rejoignons une équipe en bas du télésiège Clot Gauthier après leur première vague de déclenchements. Les visages sont rayonnants, et le débriefing va bon train. Je m’aperçois alors de l’ampleur du travail, du nombre de tirs déjà intervenus avant même le lever du jour, de la diversité des lieux de tir et des impératifs de sécurité à la fois pour eux, mais aussi pour pouvoir préparer une piste pour son ouverture. Tous sont sur le pont : agents de remontées mécaniques, pisteurs secouristes, artificiers, mécaniciens, dameurs… et le chronomètre tourne de plus en plus vite avant l’arrivée des premiers skieurs. Nous rejoignons donc le sommet du télésiège pour sécuriser le secteur du téléski Eychauda, une zone particulièrement sensible et qui surplombe une piste très prisée : la piste rouge de « Clot Gauthier ». A peine arrivés au sommet, une dameuse nous attend pour conduire deux équipes en haut du téléski Eychauda.

Un long silence, puis l’explosion

La première équipe est en place sur la droite du téléski. Quelques pisteurs secouristes sont à mes côtés et surveillent le binôme d’artificiers. Cette fois-ci les jumelles ne sont plus nécessaires, nous les avons en vue, à l’œil nu, et retenons notre souffle à chaque étape : préparation du lieu de tir, dépose de la charge explosive, message radio… Puis arrive l’explosion : d’abord un flot de neige qui décolle du sol, puis le bruit assourdissant quelques secondes plus tard. Résultat : rien n’a bougé, le manteau neigeux était stable, mais la prévention était plus que nécessaire.

Fin du PIDA, place à la glisse

Les derniers tirs retentissent du côté des Vallons de la Cucumelle ou du Prorel. La fin du PIDA approche, et ce sont désormais les prévisions d’ouverture et de liaisons qui peuvent être communiquées à la cellule d’information du domaine skiable qui pourra désormais transmettre la liste des remontées mécaniques et des pistes ouvertes à l’ensemble des métiers du domaine skiable et à ses clients. Alors que le débriefing du PIDA s’amorce (liste des lieux de tir, résultat de chaque tir, inventaire des charges explosives, retour des équipes en sécurité…), le télésiège Clot Gauthier se met en route. La question se pose alors : comment se passe l’ouverture d’une remontée mécanique avant l’arrivée des premiers skieurs ? Ce sera sûrement l’ojet d’un prochain article.

D’ici là, bonne journée et bonne glisse à tous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Google+